Et si on essayait pour voir…


On aurait décidé de partir. Parce que rien ne nous retenait ici, parce qu’on avait besoin de déployer nos ailes ailleurs, parce qu’on avait déjà trop attendu.

Là-bas, on aurait appris à se découvrir. Enfin. Pour de vrai. Sans les autres, sans le monde. Juste nous.

Toi et moi, bruts comme la pierre et libres comme le vent. On n’aurait pas eu d’argent et on n’aurait pas su où dormir mais on s’en ficherait car on aurait su que notre place était là. Ensemble. Peu importe où et comment. On parlerait jusqu’au lever du jour, on s’enivrerait à en perdre la tête.  On aurait peu à peu baissé la garde. Doucement, un pas après l’autre, on se serait apprivoisé.

Les doutes auraient fait place aux rêves. On aurait laissé entrer la lumière et tout d’un coup, rien ne nous serait paru impossible.

Puis un jour, je serais tombée amoureuse de toi. Follement amoureuse. Sans peur, ni retenue. Car j’aurais su qu’enfin tu me laisserais entrer, que tu me laisserais entrevoir celui que tu avais mis tant de soin à protéger. J’aurais aimé tes splendeurs et j’aurais aimé tes blessures. Je t’aurais aimé même quand tu ne voulais plus, car c’est dans ces moments que tu en aurais le plus besoin. Je t’aurais appris à te voir comme je te vois.

Toi, tu m’aurais appris à m’aimer. Tu aurais cru en moi et tu m’aurais aidé à refaire confiance en la vie. Tu aurais apaisé mes douleurs. Par tes mots, ton regard, tu m’aurais sublimé. Tu te serais battu pour moi quand je n’avais plus la force de le faire.

Ou peut-être aurions-nous essayé quelques mois, quelques semaines même. Jusqu’à ce que la monotonie et l’ennui nous rattrapent. Alors nous aurions repris la route, mais pas ensemble. Nous serions redevenus deux inconnus, gardant un doux souvenir de cette parenthèse dans nos vies. Parce que certaines choses ne sont pas faites pour durer…


Ça, c’est ce qu’aurait pu être notre histoire. Mais peu importe la version, tu as décidé qu’il valait mieux ne pas sauter le pas. Tu as préféré ne pas prendre le risque. Et nous voilà, des mois plus tard, encore coincés là tous les deux. Dans ce sas, sombre et froid, qui nous sépare du « et si ».

Tu nous condamnes à rester là, au pied d’une porte blindée.

Alors qu’il te suffirait de la pousser pour nous libérer.


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